D'un seul coup, l'envie nous prend et c'est l'envie de tourner la page, ou d'en écrire une nouvelle. En fait, je tourne la page pour en écrire une nouvelle.
C'est un matin, à l'heure du déjeuner ou au soleil couchant, sans raison, sans comprendre pourquoi, sans trouver d'explication, mais cette envie nous survient et l'on réalise qu'une époque, une histoire, ou une épopée se termine.
Je suis libérée de ce passé sulfureux, épuisant, décevant, excitant, abrutissant, fatigant. J'en ai finis. C'est une certitude. Donc je décide de clore cette histoire qui, de toute façon a trop durée, et qui méritait bien de prendre fin un jour. En fait la mort est souhaitable. En tout cas en amour. Un peu de repos, récupérer le manque de sommeil qui s'est tant accumulé qu'il n'est plus rattrapable. Pour se reposer il faudrait une deuxième vie. C'est dire si ce passé à vécu. Mon vécu est âgé.
Et pourtant aujourd'hui je me sens renaître, je sens ma peau se tirer comme celle d'un enfant, mes cellules mortes ressuscitent, et le processus est le même pour ma nouvelle histoire qui se veut l'ébauche d'une ballade amoureuse.
On tourne une page pour en ouvrir une autre. Donc personne ne peut en tourner à moins d'en avoir trouvé la suite. On dit que l'histoire est un éternel recommencement, est-ce aussi vrai pour l'amour ?
Il y a là deux réponses à approfondir :
- d'une part cela serait souhaitable car cela signifie que l'amour a la vertu d'être éternel. L'amour dure, il est ad vitam eternam. C'est certain que cette idée peut en rassurer plus d'un, notamment les plus névrosés d'entre nous.
- Cependant, et je développe ici mon II de mon développement (je ne savais pas l'exercice de la dissertation si facile), si l'amour est un éternel recommencement cela signifie que l'amour est condamné à se répéter. Donc l'amour est condamné à un destin banal, dénué d'originalité, dénué de nouveauté et de rebondissement. L'amour est réduit au "déjà-vu". Cette idée me donne un haut-le-coeur.
Revenons à l'essentiel.
Je tourne la page de cette histoire compliquée, alternée de hauts et de bas, ponctuée de larmes et de peines. Finalement il vaut mieux passer à autre chose, et se sentir le coeur léger. Je laisse derrière moi de doux souvenirs qui se confrontent à de violentes disputes, et à de douloureux flash-back.
Mais ce jour s'éteint pour laisser apparaître un jour nouveau. C'est comme une musique qui se tait pour laisser résonner à la suivante. Je suis le DJ de mes sentiments. "PLAY - baisse le son - STOP - Et PLAY, lance la nouvelle bande son !" Tout le monde danse ce soir, parce que ce soir c'est un nouveau jour. C'est une nouvelle époque et je sens que ce message est imbibé d'espoir. Il faut créer une boite de nuit sur ce thème : faire la fête en sachant que demain sera différent. En sachant que demain sera mieux.
De nouvelles lettres se dessinent et forment le premier paragraphe de ce nouveau chapitre qui s'ouvre. La nouvelle histoire d'amour qui ouvre de nouvelles fenêtres qui donnent sur de nouvelles rues. J'ai quitté l'image de ton appartement du XVè et je suis partie me promener à Saint Germain. Là-bas j'ai trouvé une porte bleu qui m'a fait pensé à celle du Libraire qui tombe amoureux d'Anne Scott (J.Roberts) dans Coup de Foudre à Notting Hill. Pour rester dans les clichés je dirais que je suis tombée amoureuse, et que je m'en suis rendu compte en traversant le porche de cette porte bleue. C'était un soir ou la nuit m'a semblée parfaite. J'ai senti le vent frais alors que j'eus juré que les piétons étaient emmitouflés dans de copieuses écharpes. Les gens avaient l'air de millefeuille ainsi vêtus, tandis que je ressemblais à ce trait de chocolat que l'on trouve dans le coin de l'assiette dans les restaurants gastronomiques. Les cuisiniers prennent un pinceau fin et dessinent une fine courbe de chocolat "pour faire joli". Je crois que je ressemble à ce trait de couleur, sur fond de la place Saint Germain Des Près embrumée par le brouillard et par la fumée qui émane des bouches des passants parce qu'il fait si froid.
Mais ce soir je ne fléchis pas sous cette température glacée, parce que je ne la ressens pas. J'ai presque chaud, je traîne la tiédeur de ton corps sur ma peau, et la voici qui me sert de manteau de fourrure.
Je veux traverser Paris avec ta tiédeur pour seul habit.
Je ne sens pas l'odeur désagréable du pot d'échappement de la Clio arrêtée au feu rouge, puisque je ne me souviens que de celle de ton parfum. En passant dans la rue du Four je m'arrête un instant devant la vitrine d'une papeterie. J'y trouve ton bouquin exposé et j'aurais presque envie de l'acheter pour faire exploser le nombre de ses ventes ! L'amour me pousserai à dilapider mon argent pour épuiser le stock de pages écrites par ta plume ! En amour on ne compte pas.
Je m'assied sur un banc en bois vert en guettant le bus qui apparaîtra d'ici quelques minutes à l'angle de la Rue de Babylone. Je suis face au Bon Marché et j'ai déjà envie de retourner chez toi. Plus aucun endroit ne me plais si je n'y suis pas avec toi. J'ai envie de faire ce tour du monde à ton bras, ou dans tes bras puisque tu es si grand et que je suis si petite. Somme toute, je me demande bien si ces rêves sont ceux d'une enfant qui tombe amoureuse. Sont-ils ceux d'une jeune fille de 18 ans qui s'adresse à cet homme d'1m84, de 26 ans son cadet ?
Je ne sais pas, mais je sais que plus rien n'est irritant dans ce monde lorsque je pense à toi. Des gens qui me poussent à l'entrée du bus, courir chez le kiosque et voir qu'il est fermé, rentrer à la maison et s'apercevoir que j'ai oublié d'acheter du pain, téléphoner en urgence à un ami et tomber sur son répondeur, vouloir prendre une photo avec le Polaroïd et s'apercevoir qu'il n'y a plus de papier photo, me lever le matin et me préparer avant de découvrir que l'on est passé à l'heure d'hiver et que j'aurai pu dormir une heure de plus ... Et je pourrai continuer ainsi pendant très longtemps. Tout cela pour te dire que je suis dans ce monde en coton, dans lequel aucun obstacle ne viendra perturber la sérénité ni la tendresse qui y règnent. On peut parler de luxe calme et volupté, et je comprend qu'il en est ainsi que grâce à ton existence. Tu es l'unique source de ce sentiment de bien-être qui se dessine et se précise petit à petit pour ressembler à ce que l'on appelle communément les sentiments amoureux.
Plus rien n'est énervant, contraignant, pénible, épuisant, décevant, abrutissant. Tu as charrié les défauts de mon ancienne histoire, pour les remplacer par les plus beaux adjectifs qualificatifs. Mon univers est beau, le ciel est toujours bleu, il ne fais jamais froid, les gens sont tous souriants, il n'y a pas de SDF, la guerre n'a jamais existé, le Sida était un rêve, l'holocauste ne veut rien dire, et la famine est une invention faite pour effrayer les enfants. Bref, mon monde est douillet moelleux, teinté de rose et de parme, ou bien il comporte toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Mon monde est en harmonie et tout ceci ressemble à la nouvelle toile que je n'osais pas peindre. Cela s'apparente à la naissance d'une fleur qui était fanée, et je suis à présent certaine qu'en fait ce monde est rempli d'amour parce que je suis indéniablement en train de tomber amoureuse de toi.